Reprendre le contrôle de notre attention

Des milliers de personnes à travers le monde consacrent leur carrière professionnelle à essayer de capter notre attention. En sommes-nous pleinement conscients ?

Illustrations

Un concepteur d’expérience numérique réfléchit au meilleur moyen de nous donner envie de regarder la vidéo suivante.
Un rédacteur dans un organe de presse saisit plusieurs titres pour son article dans un outil spécifiquement dédié à afficher aléatoirement les titres de l’article sur le web, identifier celui qui génère le plus de clics et finalement sélectionner le titre qui s’est montré le plus efficace.
Un développeur peaufine l’algorithme destiné à sélectionner les recommandations qui sauront déclencher notre envie d’acheter.
Bref, de nombreux professionnels s’ingénient à attirer, puis à retenir notre attention.

Pour attirer notre attention, ces professionnels s’appuient sur des outils aujourd’hui incontournables: les technologies numériques et de télécommunications. Pensez aux millions de serveurs organisés en réseau destinés à collecter nos informations personnelles, à les analyser et à piloter les échanges d’informations. Pensez aux réseaux de télécommunications qui acheminent l’information exactement là où nous sommes. Imaginez ces informations qui arrivent enfin dans notre poche, sur notre poignet, devant nos yeux, voire directement dans notre oreille.
Leur but de tout ce dispositif est d’obtenir une part de notre attention (j’oserais même dire « une part du gâteau »)
Tout cela aboutit au résultat suivant, qui pourrait presque paraître banal tant nous nous y sommes habitués : nous sommes hyper sollicités

 

Évolution rapide

De plus, la science de la « sollicitation et de la captation de notre attention » s’améliore à grande vitesse (exemples: données analytiques, intelligence artificielle, design d’expérience numérique, miniaturisation et performance des appareils, capacité des batteries).
Est ce que notre capacité à maîtriser notre attention et à décider de l’endroit où nous portons notre attention avance à la même vitesse que cette science ? Est ce que nous sommes en contrôle de notre attention ? C’est la question que je me pose. L’enjeu de cette question est, me semble-t-il, absolument colossal, pour nous tous, au niveau individuel (et collectif par extension).
En effet, décider de porter notre attention à un endroit plutôt qu’un autre revient à décider de comment on va utiliser notre temps. Si nous acceptons de laisser aller notre attention au grès des sollicitations et des divertissements extérieurs, alors c’est comme si nous perdions une part de notre liberté de:

  • choisir l’endroit où nous souhaitons mettre notre énergie
  • choisir les actions qui font du sens pour nous
  • choisir la manière dont nous voulons contribuer au monde
  • choisir de divaguer, d’imaginer, de rêver, de penser
  • choisir de ne rien faire du tout, de nous reposer, de recharger NOS batteries (pas celles de nos appareils), ou encore de contempler

En somme, c’est un peu comme confier à d’autres une part de la souveraineté que nous avons sur nous-mêmes !

Divertissement

À ce titre, il est utile de s’intéresser à l’étymologie du mot « divertissement ». Vous trouverez sur la page wikipedia de ce mot la mention suivante:
« Le terme divertissement est d’origine latine, il est apparu en Europe à la fin du XV e siècle. Il désignait alors l’action financière consistant à détourner à son propre profit, ou distraire, une part de l’héritage. Par la suite, on a repris le terme pour l’appliquer à l’action de détourner l’essentiel en général et, par extension, à ce qui détourne quelqu’un de l’essentiel. Progressivement, il s’est associé à l’idée de plaisir et plus tard de loisirs. » 
En somme, ce que je retiens ici, c’est que divertir signifie étymologiquement « détourner au détriment d’une personne » !
Lorsque nous sommes soumis à une sollicitation, qu’il s’agisse de recevoir une notification ou avoir une envie de regarder un épisode de notre série préférée, nous pouvons nous poser la question suivante:

Est ce que je réponds à un divertissement (i.e. à un détournement de mon attention)
ou
Est ce que je fais le choix conscient de répondre à un de mes besoins ?

Par exemple, pour la notification: est ce que je réponds à un divertissement ? ou est ce que je fais le choix conscient de consulter cette notification pour nourrir mon besoin d’information et de compréhension du monde qui m’entoure ?
Pour la série télévisée: est ce que je répond à un divertissement ? ou est ce que je fais le choix conscient de regarder cette série pour satisfaire mon besoin de repos et de détente cérébrale ?
La différence est cruciale. Dans un cas, l’utilisation de notre temps est en mode « pilotage automatique » et, dans l’autre, nous faisons le choix conscient de comment nous allons vivre les prochaines minutes de notre existence ! 

Et sur le terrain… ?

Comment passer à l’action ? Comment mettre en pratique ?Plutôt que de donner de grands conseils, je préfère vous présenter les pratiques et les étapes déterminantes de mon parcours personnel qui m’ont permis de reprendre au moins en partie le contrôle de mon attention.
Par ce partage, je vous souhaite de trouver un peu d’inspiration pour imaginer vos prochaines expérimentations. En vrac:

  • abandonner purement et simplement les chaînes de télé traditionnelles (ma télé est devenu l’écran le moins utilisé de tous les écrans que nous avons à la maison…)
  • attribuer une part de mon temps à la lecture, de manière régulière et continue
  • me désabonner des listes de publication de courriels qui ne m’apportent aucune valeur, afin de limiter le nombres de courriels entrants, et donc le nombre de sollicitations
  • couper les notifications de certaines applications (ex: Facebook)
  • limiter au maximum le nombre de personnes que je suis sur Twitter (j’en suis à 32 actuellement, et sur ces 32, il n’y a qu’une dizaine de comptes qui publient régulièrement)
  • décréter, pendant une semaine de vacances, l’arrêt complet des connexions numériques pour toute la famille (pas de wifi, pas de réseau cellulaire, uniquement le droit d’utiliser Google Map pour trouver son chemin)
  • expérimenter le travail à 4 jours par semaine et à 3 jours par semaine, pour avoir du temps disponible pour soi et pour vivre l’expérience de décider de l’utilisation de ce temps pour des choses qui m’animent vraiment. À noter que cette pratique demande évidemment de mettre au point une stratégie pour augmenter ses revenus et/ou diminuer ses dépenses pour assurer la sécurité financière.
  • rendre l’application Youtube moins facilement accessible sur mon téléphone en la supprimant de l’affichage sur le fond d’écran (bien que je garde l’application installée sur mon téléphone car cette application peut m’être utile)
  • m’exercer à observer de manière délibérée, ce qui signifie pour moi mettre toute mon attention dans la contemplation d’une scène, d’un objet ou d’une personne, tout en laissant de côté le flux de mes pensées et en appréciant le moment présent
  • interdire aux enfants l’usage d’un écran pendant tous les jours de la semaine de travail, ce qui  naturellement m’a entrainé à me détourner de mes écrans
  • la lecture d’articles comme celui de Jim Rutt, « Reclaiming Our Cognitive Sovereignty »

Je vous encourage à faire vos propres expérimentations. En ce qui me concerne, chaque expérimentation a généré des introspections et m’a fait progresser vers une amélioration de la maîtrise de mon attention.

Mes défis ?

Où en suis-je maintenant ? Quels sont mes défis ?
Dans la période actuelle, je suis en observation de mes « addictions ». Je donne ici au mot « addiction » un sens très large (pas forcément relié au terme médical). « Mes addictions » sont pour moi les situations dans lesquelles:

  • je ne parviens pas, de manière répétée, à choisir consciemment où je porte mon attention
  • je constate par la suite que le résultat de l’action qui a été l’objet de mon attention ne génère rien de positif ou est carrément négatif
  • j’identifie un besoin avant de porter mon attention, mais ce besoin n’est pas nourri à la suite de l’action qui a été l’objet de mon attention. Pire, il se peut que j’ai envie de refaire l’action encore et encore, sans que ce besoin ne soit jamais nourri !

Il est très difficile pour moi de donner des exemples de mes addictions parce que je suis encore en phase d’observation et de prises de conscience sur cet aspect. Voici tout de même 2 addictions que je crois avoir repérées ou ressenties:

  • tendance à aller chercher instinctivement de la nourriture dans ma cuisine lorsque je réfléchis intensément ou que j’identifie un défi qui me donne à réfléchir (sorte de lien obscure entre une forte activité mentale et l’envie de manger!!!)
  • tendance à commencer l’utilisation de mon ordinateur en allant faire un tour sur des sites d’actualités ou de sport qui ont finalement peu d’intérêt pour moi. J’ai remarqué que je fais cela quand je veux justement réaliser une tâche particulière. C’est alors qu’une autre partie de moi semble prendre le contrôle de mon attention. Cette partie de moi désire des « satisfactions faciles et immédiates » !

Ascétisme ?

Mon autre défi est de ne pas tomber dans l’excès inverse, ce que j’appelle le danger de l’ascétisme (ie: vivre une vie austère). Je m’efforce donc de valider régulièrement que je sais rester à l’écoute de mes besoins de détente, de légèreté et de jeu.

Espace de liberté

Juste après avoir terminé une activité et juste avant de commencer une autre activité, il y a un interstice, un espace de temps. C’est dans cet espace que nous décidons de suspendre l’attention sur l’activité en cours, afin de porter notre attention sur une autre activité, celle qui deviendra l’activité suivante. Je crois que si l’on parvient à être assez ancré dans le présent, on peut ressentir et vivre ce moment, cet entredeux. Pour moi il s’agit d’un moment magique, d’un moment dans lequel réside toutes les possibilités. Dans cet intermède, notre libre-arbitre peut s’exercer consciemment et déterminer là où nous allons porter notre attention et notre énergie.
Alors je vous le demande : sur quoi allez-vous porter votre attention après avoir terminé cet article ?

Article rédigé par

Coach organisationnel et Formateur


Ma raison d’être:
Écouter. Explorer. Transmettre.

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